Douze jeunes Balbuzards bien arrivés

Peser un poussin balbuzard

Pour la troisième année de notre projet de réintroduction, douze jeunes Balbuzards d’Allemagne orientale et du sud de la Norvège ont été transférés en Suisse. Ils mangent maintenant avec appétit le poisson blanc fourni quotidiennement par des pêcheurs professionnels des lacs de Neuchâtel et de Morat, tout en se familiarisant chaque jour plus avec leur nouvel environnement. Les jeunes oiseaux tout comme leurs parents adoptifs (une équipe de 5-6 personnes prenant grand soin de leur protégés) se portent tous très bien !

Nous remercions vivement les bagueurs, Holger Gabriel et Mario Firlo en Allemagne, et Rune Aae en Norvège, qui ont réalisé d’impressionnantes escalades pour les collecter — les deux premiers sur des pylones électriques à haute tension et le troisième sur d’immenses Pins sylvestres. Un grand merci aussi au « gourou » du Balbuzard Daniel Schmidt pour son aide avec l’organisation du transfert et le transport de six oiseaux en Suisse ; à la compagnie électrique Mitnetz Strom qui a procédé à des coupures temporaires de courant et mis à disposition son personnel pour garantir la sécurité des grimpeurs de pylônes ; et à Marianne Imhof de Ace Pet Movers, dont l’appui a été si précieux pour l’acheminement de six oiseaux norvégiens vers la Suisse.

Cliquez ici pour un article ainsi que pour une video sur la collecte des jeunes en Norvège diffusée par la TV nationale norvégienne.

 

 

Opération « pique-oiseaux »

Groupe-E enlève le pique-oiseaux

Si vous regardez attentivement les lignes électriques à moyenne tension en Suisse, tout particulièrement les pylônes auxquels les câbles sont suspendus à des barres transversales, vous y remarquerez des piques métalliques (que les compagnies électriques appellent « pique-oiseaux ») fixées à l’extrémité des barres pour décourager les grands oiseaux de s’y percher. Néanmoins ces dispositifs n’empêchent pas les rapaces de se poser sur les pylônes, et nous avons même observé certains de nos jeunes Balbuzards se perchant au sommet de piques !

Mission accomplie sur ce pylône de 28m, débarrassé de tous ses pique-oiseaux.
Mission accomplie sur ce pylône de 28m, débarrassé de tous ses pique-oiseaux.

Malheureusement, divers cas ont déjà été signalés d’oiseaux s’étant coincés ou même empalés sur de telles piques. On se souviendra d’ailleurs que l’été dernier par un épais brouillard, un de nos jeunes Balbuzards, 19 jours après qu’il ait été relâché, avait malencontreusement volé directement contre l’un de ces  pique-oiseaux  et n’avait pas survécu à l’accident. Entretemps, la compagnie électrique Groupe-E a accepté, à notre demande, de retirer ces structures de tous les pylônes situés près du site de lâcher. Le 13 juin, ils ont ainsi temporairement coupé le courant pour permettre à leur équipe d’effectuer cette opération en toute sécurité. Nous remercions vivement le Groupe-E d’avoir rendu ces pylônes beaucoup plus sûrs.

Grand merci à l'équipe du Groupe-E pour son efficacité !
Grand merci à l’équipe du Groupe-E pour son efficacité !

Rapport sur la deuxième année du projet

Balbuzard pêchant au Fanel sep16Un rapport sur la “Deuxième année de réintroduction du Balbuzard pêcheur Pandion haliaetus en Suisse“ a paru dans le fascicule de mars 2017 de la revue Nos Oiseaux. Il donne une vue d’ensemble du travail réalisé pour le projet et des résultats obtenus en 2016, et relate aussi la bonne surprise de la découverte d’un de nos oiseaux hivernant au Sénégal en décembre ! Nous sommes maintenant en train d’organiser l’équipe de bénévoles pour la troisième saison du projet en été 2017. Si vous êtes intéressé et disponible pendant deux semaines, n’hésitez pas à nous contacter.

L’article est téléchargeable ici.

Plan européen pour le Balbuzard

Rapport CoE BalbuzardUn « Plan de rétablissement et de sauvegarde du Balbuzard pêcheur en Europe, notamment dans le Bassin méditerranéen» a été adopté en novembre 2016 par tous les Etats membres de la Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel du Conseil de l’Europe. L’idée de réaliser ce plan avait été lancée au Symposium international sur le Balbuzard organisé en septembre 2013 à Orléans, en France. Roy Dennis, spécialiste européen de la conservation du Balbuzard, avait alors été sollicité pour le développer. Le document envisage l’usage d’une combinaison de techniques proactives ayant déjà fait leurs preuves, ainsi que diverse mesures pour une bonne gestion des populations saines de l’espèce. Sa vision est de restaurer et conserver les populations nicheuses de balbuzards dans toutes les zones où ils ont largement été exterminés suite à leur persécution par les humains. Il vise en outre à promouvoir la coopération entre les régions où l’espèce niche en Europe et dans le bassin Méditerranéen et celles où elle hiverne en Afrique. Le projet de « Nos Oiseaux » en Suisse, auquel il est fait référence dans le plan, contribue directement à cette vision et constitue un tremplin pour le rétablissement général du Balbuzard en Europe.

L’équipe 2016

Une équipe fantastique a tout fait (et même plus) pour garantir que nos balbuzards arrivent bien en Suisse, aient toujours beaucoup à manger, prennent leur premier envol dans les meilleures conditions possibles et trouvent même une série de confortables nids artificiels à choix le jour où il reviendront ! Voici quelques photos les illustrant en pleine action…

Avec tous les remerciements de la volée 2016 de jeunes Balbuzards à Rune Aae & famille, Adrian Aebischer, Gilbert Bavaud, Michel Beaud, David Bippus, Emmanuel Carino, Flann Chambers, Astrance Chervet-Fenestraz, Emile (Bouby) Curty, Andreia Días, Mario Firlo, Holger Gabriel, Ricardo Gomes, Christian Grand, Sandra Hails, Denis Landenbergue, Bernard Monnier, Christelle Mugny, Alain Niclass, Pascal Rapin, Günther Rober, Daniel Schmidt, Pascal Schöpfer, Wendy Strahm et Erwan Zimmermann. Sans oublier bien sûr les très sympathiques et dévoués pêcheurs professionnels qui nous ont régulièrement fournis beaucoup de poisson frais : Luc Gilliéron, Pierre Schär & famille et Henri Christinat & famille.

Un magnifique cadeau de Noël !

Bulbuzard suisse Langue de BarbarieDécembre et janvier est une période idéale pour échapper à l’hiver boréal et partir chercher des Balbuzards plus au sud, d’où notre décision d’aller passer les congés de Noël au Sénégal, et plus précisément de voir si un de nos oiseaux relâchés en Suisse aurait décidé d’hiverner là-bas. A notre arrivée le 22 décembre au Parc National de la Langue de Barbarie près de Saint-Louis (un lieu très important pour des Balbuzards hivernants), nous avons rencontré John Wright du «  Rutland Osprey Project » au Royaume-Uni qui, avec les ornithologues espagnols Rafa Benjumea et Blanca Perez du Projet Tougoupeul, venait d’y passer un mois à travailler avec le personnel du Parc National sur le monitoring des oiseaux. Le 22 décembre était leur dernier jour sur place avant de partir vers d’autres sites.

En guise de magnifique cadeau de Noël, John nous a fièrement offert la photo d’un jeune balbuzard mâle qu’il avait prise le matin même. Un de nos jeunes mâles relâchés en Suisse durant l’été 2016 ! La photo montre clairement une bague bleue à la patte droite de l’oiseau, ainsi que l’antenne de l’émetteur radio VHF encore fixée à sa queue (et qui tombera une fois que la mue sera terminée dans quelques mois). Bien que le code de la bague ne soit pas lisible, nous soupçonnons qu’il pourrait s’agir de PS0 (Ivan) ou de PS1 (Masqué). Nous avons donc la preuve que l’un au moins de nos jeunes est bien arrivé en Afrique de l’ouest et qu’il s’y nourrit bien du poisson abondant de la Langue de Barbarie.

Nous avons passé trois jours de plus à sa recherche dans le Parc National malheureusement sans succès, mais nous y avons quand-même vu plus de 60 autres Balbuzards dont un qui portait une bague noire bien lisible d’Allemagne. Nous avons ensuite visité La Somone (au sud de Dakar) où nous avons eu le plaisir de voir beaucoup d’autres Balbuzards dont un oiseau français adulte portant une bague orange ainsi qu’un autre oiseau allemand.

De nombreuses aires protégées et d’autres zones humides en Afrique sont essentielles pour fournir des lieux sûr et calmes pour des oiseaux hivernants comme les Balbuzards. Les pressions de toutes sortes augmentent souvent dans ces lieux tout à fait uniques, et beaucoup d’engagement et de sensibilisation du public y sont indispensables pour garantir leur sécurité à long terme. A tous ceux qui les gèrent et les protègent, nous adressons nos plus vifs remerciements et nous souhaitons une excellente nouvelle année !

Ornithologists Langue de Barbarie
Un groupe comblé. De gauche à droite : Rafa Benjumea, Moussa Fall (Conservateur du Parc National de la Langue de Barbarie), Blanca Perez, Issa Sylla (ancien Directeur des Parcs Nationaux du Sénégal) et John Wright.

Ils sont partis vers le Sud !

Christelle Mugny telemetry Bellechasse

Depuis leur libération vers fin juillet et début août, nos douze jeunes Balbuzards se sont rapidement familiarisés avec leur nouvel environnement au cœur de la région des Trois-Lacs. Elargissant le rayon de leurs excursions au fur et à mesure qu’ils perfectionnaient leur maîtrise du vol, ils n’ont pas tardé à fréquenter régulièrement le lac de Morat et les réserves du Fanel et du Chablais de Cudrefin au Lac de Neuchâtel, et occasionnellement aussi le lac de Bienne aux environs d’Hagneck et la retenue de Niederried sur la Sarine. Un de nos jeunes a malheureusement été victime d’un accident aussi imprévisible qu’inhabituel avec un « pique-oiseaux », dispositif destiné à empêcher les grands oiseaux de se poser sur les transversales de pylônes électriques. Contact a aussitôt été pris avec la compagnie électrique responsable pour que de tels dispositifs soient supprimés dans le secteur de réintroduction avant le printemps prochain. Mis à part ce triste accident, tout s’est fort bien passé avec les onze autres jeunes relâchés cette année à Bellechasse.

Après un séjour de 34 jours en moyenne entre leur libération et leur départ en migration, cinq de nos jeunes oiseaux sont partis entre les 23 et 27 août, pendant la semaine la plus chaude de l’été. Ils ont été imités par quatre autres durant la journée ensoleillée à forte bise du 6 septembre – des conditions qui les ont sans doute stimulés pour commencer leur migration. Les deux derniers, « Trident » et « Masqué », sont partis vers le sud les 10 et 11 septembre, concluant ainsi notre « saison Balbuzards 2016 ».

Espérons qu’ils feront tous bon voyage, et que nous aurons le plaisir de revoir certains d’entre eux dans la région d’ici à quelques années !

(photo:  Christelle Mugny suit par télémétrie les déplacements de nos derniers jeunes peu avant leur départ).

Un grand fan du Balbuzard s’en est allé

Luc Hoffmann

Le 21 juillet, le Dr. Luc Hoffmann, grand fan du Balbuzard et supporter de sa réintroduction en Suisse, s’en est allé paisiblement dans cette Camargue qu’il aimait tant.

Né le 23 janvier 1923 à Bâle au bord du Rhin – fleuve où le dernier couple nicheur de ce rapace avait niché en Suisse en 1914, Luc Hoffmann a joué un rôle instrumental dans la création, entre autres, du WWF (1961), de la Convention de Ramsar (1971), de la Station biologique de la Tour du Valat en Camargue (1954) et de la Fondation MAVA (1994).

Ornithologue et pionnier de la protection des zones humides, Luc Hoffmann nourrissait une passion toute particulière pour les oiseaux de ces milieux. Sa vision et son engagement ont été déterminants dans la préservation d’écosystèmes aquatiques emblématiques comme la Camargue en France, le Coto Doñana en Espagne et le Banc d’Arguin en Mauritanie. Autant de lieux mondialement réputés comme sites de nidification, d’escale migratoire ou d’hivernage pour d’innombrables oiseaux d’eau parmi lesquels le Balbuzard pêcheur.

Lors de l’opération de baguage des flamants roses en Camargue à fin juillet 2011, Luc Hoffmann fut l’une des deux premières personnes consultées sur le projet de réintroduction du Balbuzard en Suisse, avec son ami le spécialiste mondial des flamants Alan Johnson. Ils se sont tous les deux immédiatement enthousiasmés pour cette idée, Alan Johnson la qualifiant de « projet décoiffant » alors que Luc Hoffmann la considérait comme « un projet qui s’impose ».

Membre de longue date de Nos Oiseaux, Luc Hoffmann était aussi modeste et discret qu’il était engagé et efficace dans d’innombrables initiatives pour le succès desquelles il a joué un rôle déterminant. Quand, d’ici quelques années, le Balbuzard recommencera à nicher en Suisse, il le devra entre autres à la passion de Luc Hoffmann et au précieux soutien accordé grâce à lui par la Fondation MAVA.

Notre deuxième saison a commencé

Balbuzard en NorvègeDouze jeunes Balbuzards originaires d’Allemagne orientale et de Norvège méridionale sont maintenant confortablement installés en Suisse au site de réintroduction de Bellechasse (FR). Ils y resteront  dans les grandes cages de lâcher spécialement construites pour eux jusqu’à ce qu’ils soient prêts à prendre leur premier envol. En attendant, ils sont en train de se familiariser  avec leur nouveau foyer et leur nouvel environnement, tout en se nourrissant très bien – comme tout adolescent en pleine croissance.

Grand merci aux bagueurs Holger Gabriel et Mario Firlo en Allemagne, et à Rune Aae du University College d’Østfold en Norvège, qui les ont collectés et qui en ont pris le plus grand soin. Pour cela, ils ont dû escalader toute une série de grands arbres ou de hauts pylônes, ce qu’ils ont fait avec une maestria et une efficacité remarquables. Merci également à Daniel Schmidt pour son précieux appui dans l’organisation de l’opération en Allemagne orientale. Il nous a aussi accompagné, avec un autre passionné du Balbuzard, Günther Röber, pour le long transport nocturne des oiseaux jusqu’en Suisse.

Neutralisation des lignes électriques

Reparation de pylone 6 5 avril 2016Une menace énorme pour tous les grands oiseaux, y compris les cigognes, les aigles, les buses, les Grands-Ducs et aussi les Balbuzards, est celle de leur électrocution accidentelle quand ils se perchent ou volent trop près de certains pylônes ou lignes électriques dangereux. Parfois les oiseaux n’ont même pas besoin de toucher deux fils avec leurs ailes; le simple fait d’en être trop proche peut en effet provoquer un arc électrique fatal. Nous avons ainsi eu la triste expérience de perdre un de nos jeunes oiseaux relâchés en 2015 à cause d’une électrocution accidentelle. Heureusement, la compagnie électrique « Groupe E » a vite accepté de modifier les lignes électriques dangereuses aux abords de notre site de réintroduction du Balbuzard en isolant les câbles problématiques. Elle est par ailleurs prête à mettre en œuvre un programme plus large visant à modifier ou isoler dans les années à venir d’autres pylônes et lignes électriques particulièrement dangereuses pour les oiseaux. Si le risque de collisions accidentelles avec des câbles  reste difficile à totalement exclure, veiller à ce que les pylônes et lignes électriques mal conçus ne puissent plus électrocuter les grands oiseaux représente déjà un grand pas dans la bonne direction.

The Osprey in Switzerland